Dossier

Objets connectés : un écosystème en devenir

Dans notre environnement high-tech protéiforme, l’expression « objets connectés » est partout. Nous avons demandé à Nicolas Nova, Dirigeant de Near Future Laboratory, si l’invasion tant annoncée de nos vies par les objets connectés devenait une réalité et comment.

Quels sont le périmètre des objets connectés et leur typologie ?

Nicolas Nova : Ce terme renvoie tout simplement aux objets du quotidien, dotés de fonctionnalités antérieurement assurées par les ordinateurs : enregistrer des données de température, vitesse, poids... ; les mémoriser, calculer, identifier des récurrences ou des comportements exceptionnels ; proposer un diagnostic ; déclencher des actions à partir des données enregistrées ou par commande à distance ; communiquer via les périphériques informatiques que sont les tablettes et smartphones, eux-mêmes abusivement assimilés aux objets connectés.

L’offre est multiple et peut être segmentée par marchés cibles : le grand public bien sûr, mais aussi deux grands secteurs professionnels, business et collectivités, au potentiel au moins aussi important. On peut les classer également en types d’appareils, selon leur complexité et leur durée de vie qui varie selon qu’ils ont vocation à être portés sur soi, fixés dans la maison ou la voiture, ou à constituer des infrastructures domotiques. Autre critère de classement possible, les niveaux de fonctionnalités proposés : une ou plusieurs fonctions, préétablies ou plus ou moins paramétrables par les usagers.

Ces produits rencontrent-ils leur marché ?

N.N. : Je me garderai bien de proposer des données globales à propos de ce grand « fourre-tout » des objets connectés. Alors que le téléphone portable est une catégorie technologique homogène qui a pénétré notre quotidien à une vitesse jamais atteinte, les objets connectés satisfont des besoins bien plus disparates. Le potentiel de chacun d’eux peut être un grand marché ou une niche, et se révéler sur le court ou le plus long terme.

Au-delà du bruit médiatique - les Google Glasses étaient seulement un test ! -, on constate de réels succès commerciaux initiaux avec les bracelets, podomètres, thermostats et autres drônes, mais ils peuvent être sans lendemain. Le succès s’inscrit d’autant mieux dans la durée que l’objet connecté respecte une continuité dans les usages, en permettant à l’utilisateur d’évoluer avec une fluidité suffisante et en apportant une vraie valeur. Beaucoup de bracelets connectés (Nike...) et autres coachs personnels déçoivent et sont délaissés au bout de 3 mois car leur utilité réelle n’est pas manifeste. En revanche, les stations-météo connectées ou les inhalateurs connectés aux smartphones améliorent chaque jour l’expérience utilisateur de nombreuses personnes.

Quel avenir nous réservent les objets connectés ?

N.N. : La santé, le sport, la cuisine sont des terrains de développement favorables, tout comme de nombreux équipements professionnels permettant, par exemple, de gérer la consommation d’énergie, les flux logistiques, les terres agricoles... L’intérêt va croissant et la demande peut également être stimulée par les exigences réglementaires : après les détecteurs de fumées, bientôt les compteurs et outils de traçabilité divers.

Les incitations venues, par exemple du monde de l’assurance, influenceront également les ventes d’objets connectés orientés vers la surveillance des biens et des personnes. Les acteurs de ces marchés doivent avoir à l’esprit deux facteurs-clés de succès : d’une part, avoir la double compétence en hardware (produit, design) et software (connexions, traitement de données) ; d’autre part, concevoir et piloter les services associés tout autant que les produits eux-mêmes, ce qui appelle des savoir-faire forts différents. Le marché est en phase d’apprentissage et le futur écosystème se dessine : alliances ou acquisitions, notamment de start-up, pour les acteurs établis, développement ex nihilo pour des acteurs émergents (Nest, Jawbone).

Un dernier enjeu demeure et il est de taille : la valeur d’usage de certains objets connectés, en particulier dans le domaine de la santé, sera très liée à l’agrégation de données qui donnent sa puissance au Big Data. L’utilisateur - le citoyen - acceptera-t-il de confier ses données personnelles ? À qui : médecin, assureur, géant de l’internet... ? Pour quels usages ? Avec quelles garanties ? Le débat ne fait que commencer.