Regard d'expert

Transformation : la nouvelle génération de dirigeants familiaux à la manœuvre

Les héritiers ne sont plus ce qu'ils étaient. Conscients de leur responsabilité vis-à-vis de l'entreprise familiale, ils n'en sont pas moins prêts à écrire leur propre histoire. Regard sur cette nouvelle génération avec Philippe Traisnel, Directeur Exécutif chez CM-CIC Investissement.

Y-a-t-il aujourd'hui un profil type de « successeur » ?

Chaque entreprise familiale est un cas particulier, avec sa propre histoire, son identité, ses valeurs et son capital plus ou moins contrôlé par la famille. On peut néanmoins dégager de grandes tendances. Aujourd'hui, c'est autour de 35-40 ans que les héritiers familiaux accèdent aux plus hautes responsabilités. Rarement plus tôt. Les actionnaires se laissent un temps d'observation pour identifier, parmi la nouvelle génération, celui ou celle qui sera le plus apte à reprendre l'entreprise. Et ce n'est pas forcément le fils ou la fille aînée de la branche majoritaire comme c'était la règle à une époque. Plus que jamais, c'est la compétence qui prime.

De la même manière, ces héritiers manifestent plus tardivement leur volonté de reprendre le flambeau. Là-aussi, ceux-ci prennent le temps de la réflexion. Ils sont aussi plus nombreux à privilégier un parcours professionnel « extérieur » avant de rejoindre l'entreprise familiale.

Conséquence de cette double « maturation » : les nouveaux dirigeants familiaux peuvent aujourd'hui s'appuyer sur une forte légitimité.

Sont-ils mieux formés à ce rôle de dirigeant d'entreprise familiale ?

Ils sont effectivement mieux formés pour exercer la direction de l'entreprise. Ils peuvent également s'appuyer sur plusieurs réseaux de Family Business, développés au cours des dernières années, pour leur permettre d'échanger et de partager leurs expériences avec leurs pairs.

En quoi cette nouvelle génération d'héritiers se distingue-t-elle des précédentes ?

Ces jeunes quadragénaires ont grandi dans un monde où tout s'est accéléré avec le poids croissant de la technologie. Les modes de financement, et les modes de gestion et de gouvernance ont également fortement évolué.

Ces nouvelles générations sont donc, par nature, beaucoup plus ouvertes, plus décomplexées face aux nouveaux enjeux, que ne l'étaient les générations précédentes. Elles sont conscientes que leur entreprise doit gagner en agilité pour être pérenne.

Alors qu'il y a quelques années un héritier se positionnait en gestionnaire, dépositaire d'un patrimoine familial, les nouveaux dirigeants sont aujourd'hui davantage disposés à faire bouger les lignes. Tout en restant conscients de l'identité et des valeurs dont ils héritent, ils veulent écrire leur propre histoire.

Dans cette adaptation permanente de l'entreprise, on pense bien sûr à la digitalisation. Mais cette volonté de changement s'exprime à tous les niveaux. En matière d'organisation, on les voit par exemple beaucoup moins attachés à une structure pyramidale. Ils n'hésitent plus non plus à recourir à la dette comme source de financement complémentaire à l'autofinancement et ils privilégient davantage la croissance externe pour développer ou faire évoluer l'entreprise.

Enfin, ils ne s'inscrivent plus dans une vision dogmatique de l'ouverture du capital au profit de nouveaux actionnaires, notamment les investisseurs en capital.

Et quel rôle peut jouer un capital-investisseur auprès de ces jeunes dirigeants ?

En tant qu'investisseur, nous apprécions particulièrement ce profil de dirigeant qui conjugue à la fois une parfaite connaissance de l'entreprise et une volonté de développement.

Notre présence dans la durée au capital des entreprises familiales nous permet d'être un point d'appui stable pour faciliter la transition générationnelle et créer des conditions de reprise plus sereines. Nous accompagnons l'évolution de l'entreprise en l'éclairant de l'expérience acquise auprès des nombreuses sociétés qui composent notre portefeuille.